{"id":36,"date":"2013-10-06T11:04:31","date_gmt":"2013-10-06T11:04:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.yampouire.org\/?page_id=36"},"modified":"2015-07-27T09:40:20","modified_gmt":"2015-07-27T09:40:20","slug":"la-vie-au-burkina-faso","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.yampouire.org\/fr\/la-vie-au-burkina-faso\/","title":{"rendered":"La vie au Burkina Faso"},"content":{"rendered":"<h2>Monique Raemy: Ma petite vie actuelle au Burkina Faso<\/h2>\n<h3>2010\/2011, premier envoi<\/h3>\n<p>En ce moment, je vis tant de choses nouvelles, tristes, dr\u00f4les et passionnantes que j&rsquo;ai beaucoup de peine \u00e0 mettre tout \u00e7a dans un ordre quelconque.<\/p>\n<p>Passer une semaine dans une chambre de la mission\/pension de Ouagadougou, avec pour seule compagnie celle du cuisinier, des deux aides de jour et du gardien de nuit m&rsquo;a permis d&rsquo;apprendre et de comprendre plus de choses que lors de mes dix derniers voyages au m\u00eame endroit. J&rsquo;ai eu enfin assez de temps pour de vraies discussions et pour parler des difficult\u00e9s priv\u00e9es de mes amis. Un dimanche complet pass\u00e9 avec quelques \u00e9tudiants de l&rsquo;universit\u00e9 m&rsquo;a \u00e9galement fait voir beaucoup de choses sous un nouvel angle. Les discussions rudes, \u00e2pres et tr\u00e8s int\u00e9ressantes m&rsquo;ont laiss\u00e9 un go\u00fbt de d\u00e9j\u00e0 vu\/entendu et rappel\u00e9 les ann\u00e9es blanches catastrophiques du d\u00e9but de ce si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Les employ\u00e9s et les \u00e9tudiants sont d\u2019accord sur un point; tous disent: \u00ab\u00c7a ne peut pas continuer ainsi, une fois ou l&rsquo;autre \u00e7a va p\u00e9ter!\u00bb Et voil\u00e0 qu&rsquo;une altercation entre civils et policiers a de nouveau fait deux morts, \u00e0 Gao cette fois! Malheureux fait divers r\u00e9percut\u00e9 par toute la presse du pays, tout comme le d\u00e9part des Am\u00e9ricains du Peace Corps qui depuis quelques ann\u00e9es patrouillaient au Yatenga, le long de la zone fronti\u00e8re avec le Mali et le Niger. Ils ont \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9s d&rsquo;urgence et se trouvent maintenant \u00e0 Ouaga, sous la protection de l&rsquo;ambassade des Etats-Unis. Selon un communiqu\u00e9 \u00e9manant des Am\u00e9ricains, al-Qa\u00efda rencontrerait actuellement tellement de probl\u00e8mes en Mauritanie, au Mali et au Niger que son infiltration au Burkina est pratiquement certaine&#8230;<\/p>\n<p>Si, dans le village de Songpels\u00e9 o\u00f9 nous \u0153uvrons  depuis plusieurs ann\u00e9es,  l&rsquo;eau est tellement rare qu&rsquo;on voit carr\u00e9ment le mil s\u00e9cher sur place sans grandir d&rsquo;un pouce, \u00e0 Ouaga il pleut des trombes! Avec mon amie Claire, nous revenions justement de ce village lorsque le vent s&rsquo;est lev\u00e9 et que la pluie s&rsquo;est mise \u00e0 tomber. Incroyable, on voit litt\u00e9ralement les maisons s&rsquo;\u00e9crouler; les gens sont hagards et la plupart ne bougent plus, accroch\u00e9s les uns aux autres de peur de tomber dans un trou. Apr\u00e8s 4 minutes environ, l&rsquo;eau atteignait d\u00e9j\u00e0 la porte de notre 4&#215;4. Ceux qui n&rsquo;ont pas la chance d&rsquo;avoir un v\u00e9hicule haut et stable avec portes et fen\u00eatres quittent leur engin au milieu de la chauss\u00e9e et tentent de se sauver. On voit dans cette panique que le souvenir des grandes inondations meurtri\u00e8res du 1er d\u00e9cembre 2009 sont encore dans toutes les m\u00e9moires. Claire avait tr\u00e8s peur, mais elle a bravement \u00e9vit\u00e9 tous les obstacles et nous sommes arriv\u00e9es \u00e0 bon port, soulag\u00e9es et contentes. L&rsquo;eau nous arrivait encore \u00e0 mi-mollet et la demi-minute pour atteindre la v\u00e9randa a suffi pour que nous soyons compl\u00e9tement tremp\u00e9es.<\/p>\n<p>Une autre exp\u00e9rience a \u00e9t\u00e9 de virevolter \u00e0 moto dans la capitale! C&rsquo;est tout autre chose qu&rsquo;\u00e0 Ouahigouya o\u00f9 j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 essay\u00e9 quelquefois. Ici, il faut (1) \u00eatre tr\u00e8s attentif, car les autres usagers de la route arrivent de tous les c\u00f4t\u00e9s; (2) se souvenir que la raison du plus fort est toujours la meilleure; (3) savoir qu\u2019on peut br\u00fbler les feux rouges \u00abparce que le dimanche, il n&rsquo;y a pas de policier\u00bb. Sans casque, en manches courtes, avec un gros sac et un appareil photographique, il faut se faufiler et trouver le meilleur chemin entre les camions (qui n&rsquo;ont parfois pas de freins, donc ils klaxonnent), les voitures, les motos, les cyclomoteurs et les v\u00e9los (sans freins non plus), les \u00e2nes et les pi\u00e9tons, tout en faisant attention aux trous b\u00e9ants car le 90% des routes n&rsquo;est toujours pas goudronn\u00e9. Je vous garantis que le soir, on est vraiment content d&rsquo;arriver \u00e0 la maison sain et sauf!<\/p>\n<p>Passer deux jours complets et une nuit toute seule dans \u00abnotre\u00bb village de Balonghin a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s b\u00e9n\u00e9fique. J&rsquo;y ai beaucoup appris, beaucoup vu et un peu mieux compris la vie du village. Germaine, pr\u00e9sidente du groupement f\u00e9minin, ne pouvant nous rejoindre que le soir, j&rsquo;ai fait connaissance de plus pr\u00e8s avec les autres groupements et ai pu discuter directement avec quelques villageois. Le groupement des jeunes \u00e9volue bien: depuis que nous avons soutenu l&rsquo;achat des b\u0153ufs d\u00e9sir\u00e9s, ces derniers sont mis \u00e0 contribution pour les labours, ce qui facilite grandement le travail et a ainsi permis d&rsquo;agrandir les surfaces cultiv\u00e9es. Les femmes qui avaient pu profiter de notre aide pour le projet soumbala sont tr\u00e8s contentes, elles vont gaillardement de l&rsquo;avant et profitent du petit p\u00e9cule ainsi gagn\u00e9 pour mieux nourrir leur famille. Quant \u00e0 celles qui avaient choisi de prendre un petit cr\u00e9dit, elles ont toutes d\u00e9j\u00e0 rembours\u00e9, ce qui a permis \u00e0 d&rsquo;autres membres du groupement de profiter d&rsquo;un tel financement. Celles qui avaient obtenu un soutien pour faire du beurre de karit\u00e9 ont plus de peine, car faute de presse pour l&rsquo;extraction de l&rsquo;huile, elles font tout \u00e0 la main, ce qui est incroyablement dur et difficile.<br \/>\nMais ce qui est ici remarquable et encourageant, c&rsquo;est que toutes ensemble elles ont r\u00e9ussi \u00e0 obtenir un b\u00e9n\u00e9fice de CFA 1&rsquo;434&rsquo;450, soit environ CHF 3&rsquo;580.00  \u2013 sans tenir compte de leur propre travail.  Apr\u00e8s un d\u00e9dommagement et une prime \u00e0 toutes les travailleuses et un petit paiement sur le compte d&rsquo;\u00e9pargne du groupement pour parer \u00e0 un coup dur impr\u00e9vu, elles ont encore \u00e9t\u00e9 en mesure d&rsquo;aider lors de plusieurs cas de maladies et\/ou de naissances difficiles dans le village. Les vieux dignitaires sont tr\u00e8s fiers de ces femmes et le font savoir haut et fort. Je tiens aussi \u00e0 relever ici que \u00abnotre\u00bb Germaine, \u00e2g\u00e9e de 46 printemps, a r\u00e9ussi ses examens de fin de scolarit\u00e9 primaire et que c&rsquo;est avec joie et \u00e9motion qu&rsquo;elle a re\u00e7u son dipl\u00f4me au milieu d&rsquo;une nu\u00e9e d&rsquo;enfants.<\/p>\n<p>La solidarit\u00e9 est partout pr\u00e9sente dans les villages burkinab\u00e8: un homme a dormi devant ma porte pour \u00eatre certain qu&rsquo;il ne m&rsquo;arriverait rien et deux femmes sont all\u00e9es chercher pour moi l&rsquo;eau au puits. Beaucoup de personnes sont venues partager le repas que j&rsquo;avais pr\u00e9par\u00e9 avec quelques aides villageoises \u2013 des p\u00e2tes bien entendu, tout le monde ici aime \u00e7a, mais il est rare de pouvoir s&rsquo;en payer! Et, pendant que je montrais sur mon ordinateur portable des photographies de Suisse, (avec de la neige, bien s\u00fbr), d&rsquo;autres femmes nettoyaient la vaisselle que nous avions employ\u00e9e pour les 50 \u00e0 60 personnes pr\u00e9sentes, c&rsquo;est-\u00e0-dire:  3 tr\u00e8s grands plats, 2 casseroles dans lesquelles on a \u00e9galement mang\u00e9 faute de mieux, 3 assiettes, 10 verres, 5 tasses, 2 cuillers ainsi qu&rsquo;une fourchette et 1 couteau! 2 ou 3 hommes ont \u00e9galement aid\u00e9 \u00e0 empiler quelques tables-bancs d&rsquo;\u00e9cole afin que je puisse suspendre ma moustiquaire! Je me r\u00e9jouis d\u00e9j\u00e0 de revenir ici afin de peaufiner notre compr\u00e9hension et notre confiance mutuelles.<\/p>\n<p>Le Centre de Sant\u00e9 et de Promotion Sociale (CSPS) que nous avons subventionn\u00e9 dans le village de Sanc\u00e9 rev\u00eat, comme on s&rsquo;y attendait, une extr\u00eame importance. Les services sanitaires r\u00e9gionaux de l&rsquo;Etat y r\u00e9tribuent un infirmier chef de poste et y ont m\u00eame attribu\u00e9 un aide-infirmier. Malheureusement, il est impossible de ne pas voir les graves lacunes de cette construction, et les services sanitaires exigent une rapide mise \u00e0 jour des lieux. Ce qui, d&rsquo;apr\u00e8s moi, est tout \u00e0 fait justifi\u00e9! Le travail de contr\u00f4le, que nous r\u00e9tribuons en partie \u00e0 une ONG Suisse pr\u00e9sente en permanence au Burkina, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur de nos attentes. Disons-le clairement, il semble m\u00eame qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 inexistant! Il n&rsquo;y a pas de latrines, aucune sph\u00e8re priv\u00e9e pour les patients et la bonbonne de gaz pour le r\u00e9frig\u00e9rateur est plac\u00e9e au milieu de la salle de d\u00e9sinfection. Le petit b\u00e2timent suppl\u00e9mentaire que les habitants avaient construit en remerciement de notre aide a \u00e9t\u00e9 termin\u00e9 tant bien que mal par leurs soins et sert \u00e0 l&rsquo;hospitalisation des malades contagieux ou gravement atteints. Mais il faut reconna\u00eetre que des murs en banco non blanchis, des sols en terre battue et un toit perc\u00e9 sont des conditions inacceptables! J&rsquo;ai tent\u00e9 de faire un plan int\u00e9rieur plus adapt\u00e9 aux besoins requis, et par chance il a re\u00e7u l\u2019accord enthousiaste du personnel soignant. Nous attendons maintenant les devis pour les changements pr\u00e9vus et la construction de quatre latrines et d&rsquo;une douche. Une seconde phase devrait permettre l&rsquo;agrandissement et la r\u00e9novation compl\u00e8te du petit b\u00e2timent, qui deviendrait ainsi une maternit\u00e9 reconnue pouvant b\u00e9n\u00e9ficier des infrastructures existantes; un devis a donc \u00e9t\u00e9 demand\u00e9. Quant \u00e0 un forage sur place qui \u00e9viterait les trajets actuels (2 km aller\/2 km retour) pour aller chercher l&rsquo;eau au seul point d&rsquo;eau potable actuel du village, c&rsquo;est une musique d&rsquo;avenir remplie d&rsquo;espoirs. Dommage, si l&rsquo;actuel CSPS rend d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;\u00e9normes services, c&rsquo;est une premi\u00e8re  d\u00e9ception qu&rsquo;il est difficile d&rsquo;accepter!<\/p>\n<p>Si le CSPS, symbole de l&rsquo;entraide des contr\u00f4les, n&rsquo;a pas fonctionn\u00e9 comme souhait\u00e9, les nouvelles des petits groupements directement soutenus par notre association sont excellentes: le projet soumbala se d\u00e9roule toujours avec succ\u00e8s, tout comme ceux des moutons de case et des b\u0153ufs, et le p\u00e9rim\u00e8tre des jeunes est bien entretenu et rentable. Malheureusement, plusieurs petits projets ne sont pas arriv\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 nous, car la plupart des adultes \u00e9tant analphab\u00e8tes, ils demandent l&rsquo;aide d&rsquo;un enfant scolaris\u00e9, et comme ces derniers font de nombreuses fautes, les projets sont rejet\u00e9s pour \u00eatre refaits ou corrig\u00e9s. Ce qui, bien entendu, ne peut pas se faire au village et co\u00fbte trop cher dans un  secr\u00e9tariat ext\u00e9rieur. Les instituteurs et infirmiers aident souvent les populations locales, mais ils ne le veulent ni ne le peuvent pas toujours. Et ainsi les petits projets passent \u00e0 la trappe!<\/p>\n<p>Au nom de Yam Pouir\u00e9, j&rsquo;accepte donc imm\u00e9diatement un petit projet bourr\u00e9 de fautes d&rsquo;orthographe mais contenant un devis impeccable. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un projet de fabrication de savons d&rsquo;un co\u00fbt de CFA 60&rsquo;000 soit environ CHF 150.-, propos\u00e9 par Martine et son groupement f\u00e9minin. Quant aux autres qu\u00e9mandeurs, ils devront me donner quelques informations suppl\u00e9mentaires ou patienter, \u00e0 cause du co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 de leur projet;  d&rsquo;autres demandes ont \u00e9t\u00e9 refus\u00e9es, leur utilit\u00e9 pour le village n&rsquo;\u00e9tant pas d\u00e9montr\u00e9e ou le nombre de personnes concern\u00e9es restant inconnu.      Avec l&rsquo;argent re\u00e7u lors de mon d\u00e9part, un mini-projet qui me tenait particuli\u00e8rement \u00e0 c\u0153ur a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9: notre fid\u00e8le ami Josu\u00e9, sa femme et ses deux enfants ont pu reconstruire leur maison d\u00e9truite lors des inondations de 2009. Cette fois, la construction a \u00e9t\u00e9 faite avec un terrassement en b\u00e9ton, une vraie porte et 4 \u00abouvertures-fen\u00eatres\u00bb. Si les briques sont toujours en banco, les murs ont \u00e9t\u00e9 pass\u00e9s au m\u00e9lange goudron-p\u00e9trole-sable (qui remplace actuellement le b\u00e9ton). Les pluies peuvent venir,  la famille restera au sec! Leur joie est immense et leurs remerciements vont \u00e0 tous les g\u00e9n\u00e9reux donateurs.<\/p>\n<p>A Balonghin, j&rsquo;ai particip\u00e9 \u00e0 une merveilleuse c\u00e9r\u00e9monie religieuse dans une \u00e9glise construite en secco (100% paille tress\u00e9e) par les fid\u00e8les. Lorsqu&rsquo;il pleut, il y a autant d&rsquo;eau \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur et lorsque le vent souffle tr\u00e8s fort, les \u00abcloisons\u00bb s&rsquo;\u00e9croulent; la cloche est une vieille roue de camion sur laquelle on tape avec un gros caillou pour appeler les fid\u00e8les, et en lieu et place des orgues, il y a un  tam-tam antique et une calebasse d\u00e9cor\u00e9e. Mais ici, on chante et on prie du fond du c\u0153ur! Si quelques personnes \u00e2g\u00e9es, enceintes ou handicap\u00e9es ont pu prendre place sur les bancs et troncs offrant des places assises, la plus grande partie des fid\u00e8les doit rester debout, et on s&rsquo;aper\u00e7oit tr\u00e8s vite que par manque de places beaucoup de personnes  participent \u00e0 l&rsquo;office depuis l&rsquo;ext\u00e9rieur. Le plus grand d\u00e9sir de ces amis chr\u00e9tiens serait d&rsquo;avoir une \u00e9glise, une vraie, qui servirait \u00e9galement, comme presque toujours au Burkina, de lieu de rencontres. Le devis d&rsquo;une telle construction se monte \u00e0 CHF 20&rsquo;000.\u2013 environ. C&rsquo;est cher, mais on va voir ce qu&rsquo;en pensent nos Eglises. Je rappelle que Balonghin compte 80% de chr\u00e9tiens (en majeure partie catholiques). Relevons encore que les caf\u00e9s et coins Internet de mon quartier de Ouaga ne sont pas vraiment fonctionnels. Soit il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 (pannes fr\u00e9quentes), soit il est impossible de se connecter par manque de lignes. J&rsquo;ai donc fait l&rsquo;acquisition d&rsquo;une cl\u00e9 USB de connexion \u00e0 distance, mais \u00e7a n&rsquo;a  pas fonctionn\u00e9 non plus. Un \u00abexpert\u00bb m&rsquo;a gentiment inform\u00e9e qu&rsquo;avec des ordinateurs aussi performants que les n\u00f4tres, cela ne fonctionnerait jamais! Mais \u00abce que femme veut&#8230;\u00bb, je me suis attel\u00e9e \u00e0 la besogne et apr\u00e8s 3 heures de lutte intense, j&rsquo;ai gagn\u00e9 la bataille. Je suis connect\u00e9e!!<\/p>\n<p>J&rsquo;allais oublier, il fait chaud, tr\u00e8s chaud! En juin\/juillet nous avons eu entre 38 et 45\u00b0 C le jour et entre 28 et 35\u00b0 C la nuit. Il a fallu recommencer les semis par manque de pluie et, comme d&rsquo;habitude, le prix des denr\u00e9es alimentaires s&rsquo;est envol\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>Malheureusement, les prochaines \u00e9lections pr\u00e9sidentielle n&rsquo;ont pas l&rsquo;air de devoir y changer grand-<br \/>\nchose, et la modification d&rsquo;un article constitutionnel voulue \u00e0 tout prix  par la pr\u00e9sidence mais refus\u00e9e vigoureusement par le peuple ne laisse pas pr\u00e9sager de lendemains qui chantent, tout comme l&rsquo;\u00e9ternel manque d&rsquo;un contr\u00f4le efficace lors de la distribution des dons offerts par les gouvernements \u00e9trangers, la banque mondiale, la FAO ou autres. Rappelons-nous ici l&rsquo;excellente phrase de Dom Helder Camara: \u00abL&rsquo;aide \u00e9tatique au tiers monde est le cadeau des pauvres des pays riches au riches des pays pauvres.\u00bb <\/p>\n<p>Ouaga\/Ouahigouya d\u00e9but ao\u00fbt 2010 \u2013 Yam Pouir\u00e9, 8602 Wangen Monique Raemy<\/p>\n<h3>2010\/2011, 2e envoi<\/h3>\n<p>Voil\u00e0, j&rsquo;ai quitt\u00e9 le plateau central pour le Yatenga. C&rsquo;est \u00e0 Ouahigouya, ville principale de cette province que je passerai la plus grande partie de mon s\u00e9jour. Avant le d\u00e9part, achat de quelques ustensiles de cuisine, gobelets, seaux divers, assiettes et autres, on ne sait jamais! Voyage sans histoire mais qui me laisse songeuse: lorsqu&rsquo;on vient en hiver, tout est sec et la terre rouge est visible partout, mais maintenant tout est vert, les baobabs ont leurs feuilles et sont ainsi presque m\u00e9connaissables, les acacias mettent des touches de couleur jaunes et rouges et dans les grandes flaques d&rsquo;eau qui stagnent depuis la derni\u00e8re pluie, des enfants se baignent en riant, inconscients des graves danger qu&rsquo;ils font ainsi courir \u00e0 leur sant\u00e9. Dans d&rsquo;autres points d&rsquo;eau, de grands troupeaux sont venus s&rsquo;abreuver, les vaches sont maigres, elles n&rsquo;ont que la peau sur les os; il para\u00eet que les pluies, arriv\u00e9es trop tardivement, avaient tellement rar\u00e9fi\u00e9 l&rsquo;herbe qu&rsquo;elles ne trouvaient plus rien \u00e0 brouter, et ici, il n&rsquo;y a bien s\u00fbr pas de fourrage pr\u00e9vu. Beaucoup de t\u00eates de b\u00e9tail ont \u00e9t\u00e9 abattues avant de mourir de faim et ont ainsi pu servir de nourriture aux humains. Une association a rachet\u00e9 les animaux mourant aux propri\u00e9taires et a donn\u00e9 la viande \u00e0 manger aux populations sur place. Excellente id\u00e9e, les gens am\u00e9lioraient ainsi un quotidien difficile et les bergers pouvaient racheter du b\u00e9tail.<\/p>\n<p>L&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 la maison\u00bb se fait en fanfare! Tout le bureau de Burkina Vert est l\u00e0 \u00e0 m&rsquo;attendre, embrassades et rires de joie! Rabi a mis des rideaux et am\u00e9nag\u00e9 un coin cuisine avec un r\u00e9chaud \u00e0 gaz, Doudou a ajout\u00e9 un robinet d&rsquo;eau mais il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9vier&#8230; Le premier des seaux achet\u00e9s trouve sa place! Une chambre \u00e0 coucher avec un grand lit plac\u00e9 juste entre les deux ouvertures\/fen\u00eatres permettra d&rsquo;avoir un peu d&rsquo;air dans les grandes chaleurs et d&rsquo;\u00eatre en plein courant d\u2019air lors des orages. Grand luxe, douche et WC sont \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. La terrasse a un toit et deux pare- vent en secco. Il y a quelques chaises en plastique et une table basse qui passent de la terrasse au salon et vice-versa, selon l&rsquo;heure et le temps. Dans un coin du salon tr\u00f4ne une petite table bois\/acier avec un tiroir, probablement la table d&rsquo;une vieille machine \u00e0 coudre, d\u00e9sormais, ce sera mon bureau! Le jardin est en cailloux-gravier rouge et cl\u00f4tur\u00e9 par un mur sur lequel se pr\u00e9lassent margouillaz, geckos et autres l\u00e9zards.<\/p>\n<p>La soir\u00e9e se passe chez Doudou, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral et initiateur de Burkina Vert autour d&rsquo;un excellent repas pr\u00e9par\u00e9 par Rabi, sa femme: un rago\u00fbt de patates douces, tomates, oignons, ail et persil avec de la viande de b\u0153uf fait suite \u00e0 une salade concombres\/tomates \u00e0 l&rsquo;a\u00efoli, on termine avec une banane; sauf la banane, tout est de Ouahigouya et sauf la viande, tout provient des divers jardins mis en place par Burkina Vert.<\/p>\n<p>D\u00e8s le lendemain, on me met dans le bain! Les visites impromptues aux villages ou aux paysans en plein travail me d\u00e9montrent une fois de plus le travail inlassable de ces populations du Nord, et, n&rsquo;en d\u00e9plaise \u00e0 certains, pas seulement celui des femmes. Les saisons \u00e9tant de plus en plus capricieuses, il est tr\u00e8s difficile de continuer les productions c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res comme cela se faisait jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant et certains se lancent dans une production mara\u00eech\u00e8re r\u00e9partie sur toute l&rsquo;ann\u00e9e.<br \/>\nIl faut savoir que jusqu&rsquo;\u00e0 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les c\u00e9r\u00e9ales, tel que le mil indispensable \u00e0 la confection du t\u00f4 \u2013 plat national, et souvent unique pour les pauvres \u2013 \u00e9taient sem\u00e9es au d\u00e9but de la saison des pluies, vers le mois de juin. Cette ann\u00e9e la pluie de juin a \u00e9t\u00e9 bonne sur tout le pays, la plupart des paysans ont donc fait leurs semis, mais si sur le reste du pays les pluies ont bien continu\u00e9, sur le Yatenga elles ont cess\u00e9. Les semis ont \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9 par le soleil et il a fallu recommencer d\u00e9but juillet aux secondes pluies; ces derni\u00e8res n&rsquo;ayant pas \u00e9t\u00e9 suivies d&rsquo;autres non plus, un troisi\u00e8me semis a \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire, ce que beaucoup de petits paysans n&rsquo;ont plus pu faire par manque de moyen. Sur la route entre Ouahigouya et Ouagadougou, la diff\u00e9rence saute aux yeux: dans le Yatenga, mil et ma\u00efs sont encore tr\u00e8s bas (20 \u00e0 30 cm), et d&rsquo;un coup on voit des champs de belles c\u00e9r\u00e9ales hautes (plus d&rsquo;un m\u00e8tre), l\u00e0 o\u00f9 o\u00f9 il a plu assez et r\u00e9guli\u00e8rement. Dans notre r\u00e9gion, il faudra maintenant que les pluies durent jusqu&rsquo;en octobre pour garantir de bonnes r\u00e9coltes. J&rsquo;admire de plus en plus le courage de tous ces cultivateurs travaillant sans rel\u00e2che sans jamais, ou presque, perdre espoir.<\/p>\n<p>Anecdotes et d\u00e9couvertes D\u00e9couverte du jardin d&rsquo;Eden, ici il y a un bas-fond qui fait que tout pousse. Je d\u00e9couvre un petit lac de retenue entour\u00e9 de rizi\u00e8res annuelles dans lesquelles travaillent quelques personnes; il y a aussi des manguiers, des papayers et des grenadiers en fleurs, des goyaviers et m\u00eame des bananiers portant des fruits; le serpent est aussi l\u00e0, qui file entre nos pieds, mais nous ne trouverons pas la pomme! Un ing\u00e9nieux syst\u00e8me de puits, de tuyaux et de pompe mobile permet des plantations jusque tr\u00e8s loin du lac. On y trouve du mil, du sorgho, du ma\u00efs et du s\u00e9same; un homme perch\u00e9 sur un arbre fait peur aux oiseaux en gesticulant et en sifflant pour qu&rsquo;ils ne mangent pas tout avant les r\u00e9coltes. Des enfants en haillons, mais heureux et souriants, viennent serrer la main de la n\u00e0s\u00e1ara que je suis. Mais il fait trop chaud, je ne verrai pas les crocodiles qui attendent la venue du cr\u00e9puscule pour sortir de leur cachette. Je pr\u00e9f\u00e8re, car ainsi je continuerai \u00e0 r\u00eaver du jardin d&rsquo;Eden au lieu de cauchemarder!   Un regard inoubliable, celui d&rsquo;une petite fille rencontr\u00e9e au Centre de Renutrition et d&rsquo;Education Nutritionnelle (CREN) de l&rsquo;h\u00f4pital du Dr Zala. J&rsquo;\u00e9tais venue distribuer une partie des magnifiques petits chaussons confectionn\u00e9s par une habitante de Wallisellen et des petits bonnets offerts par ma voisine de Wangen. Les m\u00e8res, les aides, les responsables, tout le monde admirait ces petites merveilles bien chaudes et indispensables, on essayait les tailles et les enfants souriaient, sauf un qui hurlait \u00e0 chaque fois que je m&rsquo;approchais, persuad\u00e9 que ma couleur p\u00e2le ne pouvait \u00eatre que celle d&rsquo;une sorte de diable. Et l\u00e0, assise sans bouger mais attentive \u00e0 ce qui se passait se tenait une mini-princesse, tr\u00e8s belle, tr\u00e8s fine. Elle se laissa mettre un bonnet de dentelle blanche sans bouger. Ses yeux si s\u00e9rieux fix\u00e9s sur moi, elle regardait simplement, sans aucune r\u00e9action. Mes vaines tentatives de rapprochement ont provoqu\u00e9 une explication tr\u00e8s plausible de son cas par la directrice:  n\u00e9e normalement dans un village recul\u00e9, elle progressait comme tous les enfants; mais sa tr\u00e8s jeune m\u00e8re, \u00e0 nouveau enceinte alors qu&rsquo;elle n&rsquo;avait que quelques mois, crut les racontars de ses voisines et cessa imm\u00e9diatement de l&rsquo;allaiter, elle ne la prit plus non plus sur sa couche la nuit ni dans son dos lorsqu&rsquo;elle pleurait, pr\u00e9textant qu&rsquo; il fallait qu&rsquo;elle apprenne \u00e0 donner sa place au suivant. Probablement fortement choqu\u00e9e par ces brusques changements difficiles \u00e0 comprendre, la fillette ne voulut plus s&rsquo;alimenter du tout et cessa de rire, de pleurer et de se manifester. C&rsquo;est compl\u00e8tement sous-aliment\u00e9e qu&rsquo;elle est arriv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital avec sa m\u00e8re qui venait pour y accoucher de son deuxi\u00e8me enfant. A les voir l&rsquo;un \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;autre pr\u00e8s de leur m\u00e8re, toute fi\u00e8re de son b\u00e9b\u00e9 joufflu qui a maintenant 3 mois, on dirait presque des jumeaux. La petite famille a d\u00fb rester ici sur demande du Dr Zala \u00e0 cause de l&rsquo;\u00e9tat de la petite fille. Tout comme les responsables du centre, je pense que cette enfant veut mourir, c&rsquo;est une forme de suicide enfantin qui existe sous ces latitudes et qui aurait r\u00e9ussi s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu la naissance du petit fr\u00e8re. Je n&rsquo;oublierai jamais ce regard sans esp\u00e9rance ni attente. Petite princesse, tu restes au fond de mon c\u0153ur, et cela fait tr\u00e8s mal de ne pas savoir comment t&rsquo;aider, mais je reviendrai te voir \u00e0 cause de la lueur d&rsquo;int\u00e9r\u00eat que je veux avoir vue dans tes yeux.<\/p>\n<p>F\u00eate du 1er ao\u00fbt. Une f\u00eate nationale \u00e7a se c\u00e9l\u00e8bre, surtout ici! Pas question d&rsquo;aller \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie officielle \u00e0 Ouaga, alors je lance une invitation \u00e0 mes voisins, au Dr Zala et \u00e0 sa femme ainsi qu&rsquo;aux amis de Burkina Vert. Tous sont venus, c&rsquo;\u00e9tait aussi amusant qu&rsquo;inattendu, M. Beno\u00eet Belloum, \u00e9poux de Madame le ministre pr\u00e9nomm\u00e9e C\u00e9cile, est venu en grande pompe avec une bonne bouteille, le docteur Zala se r\u00e9jouit avec moi de la boire! Mes voisines n&rsquo;ont malheureusement fait qu&rsquo;une apparition et sont reparties devant la fougue et les rires des jeunes de Burkina Vert. Rabi avait pr\u00e9par\u00e9 une entr\u00e9e d&rsquo;aubergines grill\u00e9es et j&rsquo;ai fait une salade rouge et blanche: macaronis \/ tomates! Tout le monde s&rsquo;est r\u00e9gal\u00e9, et m\u00eame si les seuls feux furent ceux de la lune et des \u00e9toiles,  les rires ont fus\u00e9 encore longtemps dans la nuit. S&rsquo;il n&rsquo;y a pas eu de discours officiel, beaucoup de questions m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es \u00e0 propos de la Suisse et de sa d\u00e9mocratie directe, il aurait \u00e9t\u00e9 judicieux que je r\u00e9capitule mon histoire suisse avant de venir!<\/p>\n<p>D\u00e9sastres petits et grands. Le plus difficile \u00e0 vivre ici, ce n&rsquo;est ni la chaleur parfois suffocante, ni les pluies diluviennes, ni le paludisme pratiquement in\u00e9vitable, ce ne sont pas non plus les insectes de toutes sortes ni les serpents, mais bien la mis\u00e8re omnipr\u00e9sente. Chaque jour apporte son lot d&rsquo;incompr\u00e9hensions: sur les conseils de villageois bien intentionn\u00e9s, une jeune fille enceinte a mang\u00e9 du verre pil\u00e9 afin de provoquer un avortement et est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e dans d&rsquo;atroces souffrances. Un jeune de 20 ans est mort parce que l&rsquo;infirmier \u00e9tait persuad\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 cette p\u00e9riode de l&rsquo;ann\u00e9e c&rsquo;\u00e9tait un palu, alors que c&rsquo;\u00e9tait une jaunisse. Mais tous les infirmiers sont d\u00e9bord\u00e9s de travail car les gens n&rsquo;ont pas les moyens d&rsquo;aller chez un m\u00e9decin.  Il y a longtemps que les orpailleurs hantent et creusent le Burkina. En cette p\u00e9riode de pluies, les mines devraient \u00eatre ferm\u00e9es \u00e0 cause des dangers inh\u00e9rents aux galeries non stabilis\u00e9es, mais chaque semaine plusieurs jeunes y perdent la vie par manque de contr\u00f4le et d&rsquo;information.  Les gros camions, sortes de crabes \u00e9normes arrivant en travers de la route car mal charg\u00e9s sont souvent sans freins. Malgr\u00e9 les interdictions, ils transportent sur leur toit des jeunes arrim\u00e9s tant bien que mal \u00e0 des cordes ou autres v\u00e9los pos\u00e9s l\u00e0 aussi et ils traversent ainsi villes et villages sous le regard impassible des policiers et de la gendarmerie. L&rsquo;h\u00f4pital de Ouahigouya n&rsquo;est bient\u00f4t plus fonctionnel, cela fait deux mois que la section de biochimie, intervenant \u00e0 80% dans les diagnostics ne fonctionne plus, soit que le mat\u00e9riel soit en r\u00e9paration, soit que les installations \u00e9lectriques sont inutilisables: impossible de faire des cultures avec les \u00e9chantillons. En h\u00e9matologie l&rsquo;appareil principal est en panne depuis six mois et depuis trois semaines l&rsquo;unique appareil de radiologie de toute la r\u00e9gion Nord est inutilisable, il faut aller \u00e0 Ouaga. Il n&rsquo;existe plus non plus d&rsquo;incin\u00e9rateur pour les d\u00e9chets et les climatisations ne fonctionnent plus.<\/p>\n<p>Clin d&rsquo;\u0153il. Mes petites voisines sont venues m&rsquo;aider \u00e0 planter des arachides dans mon jardin car je ne sais pas \u00e0 quoi \u00e7a ressemble quand \u00e7a pousse, ce qui les amuse beaucoup. On en a profit\u00e9 pour enlever toutes les herbes folles en faisant bien attention de ne pas mettre la main sur un crapaud ou sur une des nombreuses \u00e9normes chenille, ni le pied sur un b\u00e9b\u00e9 margouillaz. Une tr\u00e8s vieille dame m&rsquo;ayant vu faire des photos et discuter dans le village de K\u00e9n\u00e9m\u00e9n\u00e9 a trouv\u00e9 qu&rsquo;il fallait recevoir cette \u00e9trang\u00e8re un peu mieux et lui offrir \u00e0 boire; elle est all\u00e9e tout expr\u00e8s chercher une calebasse d&rsquo;eau au puits et me l&rsquo;a apport\u00e9e des deux mains dans un \u00e9norme sourire. Elle a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s d\u00e9\u00e7ue, et aussi un peu perplexe, en apprenant que je ne pouvais pas boire cette eau. Mais la prise de quelques photos avec elle a tout remis en ordre!   Un \u00e9norme crocodile a sem\u00e9 la panique dans un quartier de Ouaga. Suite aux pluies inondant de grandes parties de la for\u00eat de la capitale, ce saurien a d\u00e9cid\u00e9 de sortir de ses habitudes et de partir \u00e0 l&rsquo;aventure; il a fallu  plusieurs personnes et beaucoup de patience pour le remettre dans le droit chemin. Nous sommes en plein je\u00fbne du Ramadan; chaque nuit je suis berc\u00e9e par la voix des muezzins des diverses mosqu\u00e9es, le jour je mange seule ou presque, mes amis ne mangeant qu&rsquo;avant 5 h 30 et apr\u00e8s 19 h. Tout le monde tourne dans l\u2019attente de la grande fin du je\u00fbne, car les femmes et leurs filles doivent avoir un nouveau pagne et les hommes et leurs fils seront habill\u00e9s de blanc. Rabi est all\u00e9e acheter deux pagnes semblables et nous avons fait faire des robes. En ce moment, c&rsquo;est la p\u00e9riode des cadeaux: on offre aux voisins et aux amis musulmans du sucre et\/ou du sel en signe d&rsquo;amiti\u00e9. <\/p>\n<p>omme vous voyez, je continue d&rsquo;apprendre et d&rsquo;essayer de comprendre. Je vis chaque jour<br \/>\npleinement et je m&rsquo;\u00e9tonne encore et toujours des espoirs tenaces chevill\u00e9s au corps de mes amis, envers et contre tout.<\/p>\n<p>Ouahigouya fin ao\u00fbt 2010 \u2013 Yam Pouir\u00e9, 8602 Wangen Monique Raemy<\/p>\n<h3>2010\/2011, 3e envoi<\/h3>\n<p>C&rsquo;est tr\u00e8s difficile de faire partager ce que l&rsquo;on ressent lorsqu&rsquo;on est confront\u00e9 \u00e0 des probl\u00e8mes pratiquement inexistants sous nos latitudes. Pourtant j&rsquo;aimerais partager avec vous l&rsquo;admiration, le respect et les d\u00e9couvertes que j&rsquo;ai, respectivement que je fais chaque jour ou presque avec Burkina- Vert au sein des villages et dans les groupements soutenus par nos efforts conjugu\u00e9s.<\/p>\n<p>Les diguettes: id\u00e9e reprise en fait de leurs anc\u00eatres et am\u00e9lior\u00e9es au fil du temps par nos amis paysans et des ing\u00e9nieurs agricoles, est la mani\u00e8re de faire la plus efficace qu&rsquo;il m&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de voir pour r\u00e9cup\u00e9rer des terres d\u00e9grad\u00e9es. Mises en place ces derni\u00e8res ann\u00e9es dans plusieurs villages des provinces du Loroum, du Yatenga et du Zandoma, elles ont d\u00e9j\u00e0 permis de r\u00e9cup\u00e9rer environ 250 hectares de terres d\u00e9grad\u00e9es dans ces r\u00e9gions. D&rsquo;autres villages attentent impatiemment l&rsquo;appui qui leur permettra de commencer un tel travail.<\/p>\n<p>Comme les pluies ne se font pas bien, on construit ces diguettes en suivant les d\u00e9nivel\u00e9s du terrain, ce travail se fait avec une sorte de balance \u00e0 eau de construction artisanale. De gros cailloux sont apport\u00e9s sur le site par camion, quelques hommes les cassent en gros morceaux pendant que d&rsquo;autres tendent des \u00ab fils \u00bb le long des endroits choisis par ceux qui travaillent avec le niveau d&rsquo;eau. Pendant ce temps les femmes am\u00e8nent sur leur t\u00eate les morceaux de cailloux que tous, enfants compris, d\u00e9posent le long des \u00ab fils \u00bb. Ces diguettes sont construites dans le sens d&rsquo;arriv\u00e9e de l&rsquo;eau pour la freiner et \u00e9viter ainsi la formation de ravines. Puis on fait des za\u00efs, c&rsquo;est-\u00e0-dire des trous de plantation qui accueilleront les semis.<\/p>\n<p>Les demi-lunes: lorsque le terrain est trop d\u00e9grad\u00e9 pour tenter de le reprendre en entier, on forme des demi-lunes au moyen des m\u00eames cailloux en employant pour cela une esp\u00e8ce de moule et en les pla\u00e7ant aussi dans le sens d&rsquo;arriv\u00e9e de l&rsquo;eau pour la freiner. Parfois m\u00eame, elles sont am\u00e9nag\u00e9es derri\u00e8re une diguette.<\/p>\n<p>Ces deux fa\u00e7ons de proc\u00e9der m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 une nouvelle fois d\u00e9montr\u00e9es avec succ\u00e8s, alors que le mil et le ma\u00efs ne poussaient pas dans les champs de la r\u00e9gion par manque de pluie ou parce que l&rsquo;eau arriv\u00e9e trop fortement sur des semis trop petits avait tout arrach\u00e9, les plantations faites dans l&rsquo;enceinte ou derri\u00e8re des diguettes ou celles poussant au sein des demi-lunes sont magnifiques.  Dans les endroits o\u00f9 les diguettes ont \u00e9t\u00e9 faites il y a quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0, les terrains sont maintenant cultivables et pr\u00e8s des cailloux, sur le c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;eau arrive, poussent des arbustes et autres herbes tel les andropogons qui peuvent \u00eatre employ\u00e9, entre autre, \u00e0 la fabrication du secco >sorte de paille tress\u00e9e employ\u00e9e pour ombrager les terrasses, en tant que porte ou m\u00eame comme toit.<\/p>\n<p>Derni\u00e8rement, nous sommes all\u00e9s voir un paysan qui, apr\u00e8s avoir suivi une formation ad\u00e9quate, a fait des diguettes pratiquement tout autour de la petite montagne dominant son village. Lorsqu&rsquo;il \u00e9tait enfant, la for\u00eat recouvrait la r\u00e9gion et les animaux sauvages \u00e9taient encore pr\u00e9sents. Puis, les grandes s\u00e9cheresses qui avaient br\u00fbl\u00e9 terre et arbustes ayant \u00e9t\u00e9 suivies par de grandes pluies que la terre devenue trop dure n&rsquo;arrivait pas \u00e0 absorber, les ravines ont mis les racines des arbres \u00e0 nu, et ces derniers sont mort lors de la s\u00e9cheresse suivante. C&rsquo;est ainsi que de cet endroit devenu d\u00e9sertique, il refait un endroit prometteur. Le village entier l&rsquo;a tout d&rsquo;abord trait\u00e9 de fou, maintenant ils sont fiers de lui! Des diguettes de protection, des demi-lunes remplies de beaux ma\u00efs et de mil imposant, des revers de terrain plein de haricots et de manioc et partout des arbres. 400 arbres sortis des p\u00e9pini\u00e8res de Burkina Vert lui ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9, des arbres fruitiers ou utiles comme le neem et le jatropha et le prosopis. Notre homme est \u00e9galement all\u00e9 en brousse chercher une centaine d&rsquo;autres arbres autochtones dont certains serviront pour la pr\u00e9paration de m\u00e9dicaments traditionnels. Entre les rang\u00e9es de ma\u00efs poussent des callebasses, afin que les produits locaux puissent tenir t\u00eate au plastique chinois qui envahi le pays.<br \/>\nToutes ces r\u00e9ussites nous prouvent le bien-fond\u00e9 de nos aides directes \u00e0 ces populations d\u00e9favoris\u00e9es. L&rsquo;accueil re\u00e7u est toujours extraordinaire, tous veulent toujours montrer ce qui a \u00e9t\u00e9 fait avec l&rsquo;appui re\u00e7u et le travail des les villages en est d\u00e9cupl\u00e9.   A You, apr\u00e8s les palabres d&rsquo;usage, les femmes ont dans\u00e9 devant le moulin \u00e0 grains, heureuses d&rsquo;avoir gr\u00e2ce \u00e0 lui plus de temps \u00e0 disposition pour leurs familles et d&rsquo;autres activit\u00e9s peut-\u00eatre un peu lucratives. Les 2 meuni\u00e8res et le m\u00e9canicien sont tr\u00e8s fiers de leur outil de travail et le bichonne! C&rsquo;est aussi ici que nous allons voir une \u00ab merveilleuse \u00bb construction: l&rsquo;\u00e9cole! Ce b\u00e2timent a \u00e9t\u00e9 construit par les parents car le trajet de 8 km jusqu&rsquo;\u00e0 la prochaine \u00e9cole \u00e9tait trop long pour les petits. De plus, lorsque les classes d\u00e9passent la centaine d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves, on fait attendre les plus jeunes qui ne commenceront ainsi l&rsquo;\u00e9cole que vers 8 ou 9 ans. La construction a \u00e9t\u00e9 faite en banco (briques traditionnelles en terre) avec un toit et une porte en secco (paille tress\u00e9e). Les bancs-tables ayant \u00e9t\u00e9 offerts ainsi que le tableau noir et les fournitures scolaires, l&rsquo;\u00e9tat a donn\u00e9 son accord et envoy\u00e9 un instituteur. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, 72 \u00e9l\u00e8ves ont pu commencer l&rsquo;\u00e9cole. Les r\u00e9sultats \u00e9tant bons, le minist\u00e8re a envoy\u00e9 un 2e instituteur et sous l&rsquo;auvent pr\u00e9vu pour donner de l&rsquo;ombre aux \u00e9l\u00e8ves pendant les r\u00e9cr\u00e9ations, une 2e classe ouvrira \u00ab ses portes \u00bb (au figur\u00e9 bien s\u00fbr). 74 nouveaux \u00e9l\u00e8ves sont d\u00e9j\u00e0 inscrit, les parents et les instituteurs se sont mis au travail pour monter des murs de banco autour de l&rsquo;auvent, des tables-bancs ont \u00e9t\u00e9 achet\u00e9s et la semaine prochaine nous remettrons aux \u00e9l\u00e8ves la fourniture scolaire obligatoire. Le r\u00eave de tous, instituteurs, \u00e9l\u00e8ves et parents, c&rsquo;est bien entendu d&rsquo;avoir un jour une \u00ab vraie \u00bb \u00e9cole, avec des murs qui ne s&rsquo;\u00e9croulent pas lorsqu&rsquo;il pleut et la certitude de pouvoir rester au cours lorsque la pluie se met \u00e0 tomber&#8230; Le b\u00e2timent servirait alors \u00e0 fonder une petite maternelle&#8230;. On verra ce que l&rsquo;on peut faire&#8230;.<br \/>\nAvec Doudou, mon fils et secr\u00e9taire de Burkina-Vert, nous avons \u00e9t\u00e9 re\u00e7u \u00e0 la Coop\u00e9ration Suisse, dans les bureaux de la DDC \u00e0 Ouagadougou. Voyage aller\/retour en un jour avec le chauffeur Boukary et un ami, Max Cohen, qui a longtemps \u00e9t\u00e9 responsable de la richissime Fondation Cognacq-Jay. Ce rendez-vous que j&rsquo;avais demand\u00e9 pour obtenir un soutien de 3 \u00e0 5 ans pour la construction de diguettes dans nos r\u00e9gions \u00e9tait prometteur puisque Madame von Schulthess, nouvelle Directrice R\u00e9sidente Adjointe et Monsieur Traor\u00e9 responsable du domaine technique rurale allaient nous recevoir \u00e0 11h. A 10h55 nous \u00e9tions dans les starting blocks et \u00e0 11h05 on nous faisait entrer accompagn\u00e9s de tous nos espoirs. Apr\u00e8s les pr\u00e9sentations d&rsquo;usage, Monsieur Traor\u00e9 a re\u00e7u la parole et nous a expliqu\u00e9 pendant 25 minutes le fonctionnement de la Coop\u00e9ration pour l&rsquo;aide aux villages paysans. Pour lui, seule la technique des goutte-\u00e0-goutte est valable en ce moment pour le monde rural. Je ne nie pas, Doudou ayant \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 faire des essais dans le Yatenga et Taonsgho, village du Plateau-Central que nous soutenons avec Claire Rouamba en ayant \u00ab re\u00e7u \u00bb avec tout ce que cela comporte. A ma question de savoir comment les gens trouvaient l&rsquo;argent n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;achat de la pompe lorsque tuyaux et formation sont offerts, Monsieur Rouamba m&rsquo;a r\u00e9pondu cat\u00e9goriquement que: \u00abtous les habitants de tous les villages ont un portable et pratiquement tous une moto. Dixit: s&rsquo;ils veulent vraiment, si on les persuade, ils y arrivent!\u00bb Vraie r\u00e9ponse d&rsquo;un consultant hors du circuit de la base. J&rsquo;ai invit\u00e9 nos repr\u00e9sentants \u00e0 venir voir dans nos villages du Yatenga et du Loroum si tout le monde a effectivement un portable, respectivement une moto! Ce n&rsquo;est pas pour rien que vu l&rsquo;impossibilit\u00e9 de Taonsgho \u00e0 trouver l&rsquo;argent n\u00e9cessaire nous avons pris contact avec le producteur\/initiateur des goutte-\u00e0-goutte dans cette r\u00e9gion. Ce dernier nous a dit qu&rsquo;il savait les gros probl\u00e8mes que rencontrent les paysans contents d&rsquo;avoir re\u00e7u gratuitement un mini ch\u00e2teau d&rsquo;eau, beaucoup de tuyaux et une formation, mais qui se retrouvent le bec dans l&rsquo;eau pour commencer le travail sans la pompe pendant que les puits d&rsquo;irrigation qui n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 ciment\u00e9s d\u00e9gringolent. Il ajoute que malheureusement il ne peut ni ne doit ni n&rsquo;a le droit de faire plus, il rend juste les gens attentifs au fait qu&rsquo;ils peuvent se faire aider par leur partenaire \u00ab habituel \u00bb? ou par une quelconque association d&rsquo;aide pr\u00e9sente sur le Burkina. Pour ma 2e question, c&rsquo;\u00e9tait trop tard, le temps qui nous \u00e9tait imparti \u00e9tant termin\u00e9, une nouvelle s\u00e9ance commen\u00e7ant \u00e0 11h45. Ma question, je l&rsquo;ai maintenant envoy\u00e9e par mail \u00e0 Madame von Schulthess: nous aimerions bien savoir comment le proc\u00e9d\u00e9 du goutte \u00e0 goutte pourrait \u00eatre install\u00e9 sur des terres pentues ou ravin\u00e9es, alors que 4 des 5 installations mises en place ici au Yatenga sur des terrains plats sont d\u00e9j\u00e0 abandonn\u00e9es. Mais c&rsquo;est quand m\u00eame avec espoir que nous attendons maintenant la r\u00e9ponse de \u00abmes\u00bb autorit\u00e9s.<br \/>\nA part \u00e7a , ma petite vie burkinab\u00e8 continue d&rsquo;\u00eatre accompagn\u00e9e d&rsquo;un soleil de plomb et de quelques trombes d&rsquo;eau qui rendent la chaleur plus difficile \u00e0 supporter. En fait, je suis tremp\u00e9e du matin au soir, 10 minutes apr\u00e8s la douche on est d\u00e9j\u00e0 collant!<\/p>\n<p>Max, nouvel ami rencontr\u00e9 ici apr\u00e8s que l&rsquo;on se soit connu par mails et t\u00e9l\u00e9phones interpos\u00e9s trouve que notre aide est tr\u00e8s importante et bienvenue aupr\u00e8s des plus pauvres. Cela fait plaisir \u00e0 entendre de la part de quelqu&rsquo;un qui a tourn\u00e9 longtemps sur l&rsquo;Afrique en construisant h\u00f4pitaux et autres grandes \u00ab choses \u00bbpour une fondation aussi riche que celle de Cognacq-Jay. Max, maintenant \u00e0 la retraite se concentre sur le Burkina et les 2 maisons qu&rsquo;il y a cr\u00e9es \u00e0 Ouahigouya pour quelques jeunes d\u00e9munis, respectivement pour quelques femmes atteintes du sida.<\/p>\n<p>Nad\u00e8ge, ma jeune voisine burkinab\u00e8 qui est infirmi\u00e8re brevet\u00e9e (comme ils disent ici), et qui travaille pour une association helvetico\/burkinab\u00e8 bas\u00e9e \u00e0 Ouahigouya vient souvent me rendre visite. Ses journ\u00e9es sont souvent difficiles car elle a beaucoup \u00e0 faire avec les filles m\u00e8res. Au cours de ses r\u00e9cits, j&rsquo;ai ainsi appris que le gouvernement faisait r\u00e9ellement un immense effort pour faire cesser la pratique de l&rsquo;excision. La semaine derni\u00e8re, vendue par de tierces personnes une  exciseuse  a \u00e9t\u00e9 appr\u00e9hend\u00e9e par la police et imm\u00e9diatement emprisonn\u00e9e, ses \u00ab aides \u00bb ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s et \u00e9galement incarc\u00e9r\u00e9s. De toutes les tr\u00e8s jeunes filles et fillettes que je c\u00f4toie, une seule a \u00e9t\u00e9 excis\u00e9e. Les efforts conjugu\u00e9s contre cette barbarie semblent donc enfin porter des fruits d\u00e9finitifs. Par contre la morale semble en baisse, il n&rsquo;est pas rare de voir des jeunes lyc\u00e9ennes enceint\u00e9es par un camarade de cours&#8230;.elles ont \u00e9t\u00e9 pay\u00e9s entre 5 et 10&rsquo;000 CFA (12.50 \u00e0 25.- CHF) par le gar\u00e7on. Lui voulait \u00ab essayer \u00bb, elle voulait une nouvelle robe!!! Les filles doivent quitter la cour parentale lorsqu&rsquo;elle sont enceinte, elle iront chez une grand-m\u00e8re maternelle ou une tante. Fini les \u00e9tudes, c&rsquo;est un \u00e9loignement imm\u00e9diat mais pas toujours long car apr\u00e8s la naissance elles pourront revenir chez leur parent. Le gar\u00e7on ne doit jamais rien payer, m\u00eame s&rsquo;il reconna\u00eet \u00eatre le p\u00e8re de l&rsquo;enfant. Si plus tard la jeune m\u00e8re trouve un mari, il y a fort peu de chance pour que l&rsquo;homme accepte ce premier enfant. Celui-ci trouvera donc place dans une cour de la grande famille, quelque part au Burkina. Si un enfant n&rsquo;est effectivement jamais laiss\u00e9 \u00e0 la rue dans ce pays, je trouve que ces situations sont quand m\u00eame difficile pour le\/la principal(e) int\u00e9ress\u00e9(e). Ce sont d&rsquo;ailleurs presque toujours eux que l&rsquo;on retrouve comme bonne \u00e0 tout faire ou gar\u00e7on de course et que l&rsquo;on \u00ab oublie \u00bb faute de moyens d&rsquo;envoyer \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole.<\/p>\n<p>Mais je terminerai ce billet par une note chantante&#8230; Aujourd&rsquo;hui j&rsquo;ai eu le plaisir de retourner \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de You. Avec l&rsquo;argent re\u00e7u de quelques amis, j&rsquo;ai pu acheter les fournitures scolaires de tous les enfants. Ardoises, cahiers doubles lignes, lign\u00e9s, quadrill\u00e9s et \u00e0 dessin, crayons, r\u00e8gles et stylos \u00ab bleu \u00bb, les \u00ab rouges \u00bb \u00e9tant r\u00e9serv\u00e9s aux instituteurs. Tous les parents \u00e9taient l\u00e0 malgr\u00e9 les travaux des champs qui battent leur plein, mes tr\u00e8s maigres notions de moor\u00e9 ont mis de l&rsquo;ambiance d\u00e8s le d\u00e9but. La distribution avec petits tas soigneusement pr\u00e9par\u00e9s et appel des \u00e9l\u00e8ves s&rsquo;est termin\u00e9e faute de&#8230; cahier et de crayon! Le calcul des instituteurs ou une fausse interpr\u00e9tation de celui qui a fait la demande? On ne saura pas. Mais lorsqu&rsquo;on a dit que les choses manquantes seraient apport\u00e9es d\u00e8s demain et que l&rsquo;on a commenc\u00e9 une distribution de bonbons \u00e0 tous, parents compris, la f\u00eate a repris de plus belle. Tout cela dans une classe sous du secco et dans une autre sous des sacs de riz tendus, c&rsquo;est-\u00e0-dire avec une temp\u00e9rature d&rsquo;environ 40\u00b0&#8230;je ne m&rsquo;\u00e9pongeais m\u00eame plus, j&rsquo;ai carr\u00e9ment pris une douche d\u00e9g&#8230;oulinante de la racine des cheveux aux pieds. Lors des remerciements, le \u00abvieux\u00bb a dit: \u00abpuisque vous nous lavez le dos, nous nous laverons le ventre\u00bb je n&rsquo;ai pas osez relever, car ici cela veut dire: \u00abpuisque vous nous accordez votre aide, nous allons travailler encore plus.\u00bb<\/p>\n<p>Ouahigouya, fin octobre 2010 Yam pouir\u00e9 \u2013 Monique Raemy<\/p>\n<h3>2010\/2011, 4e envoi<\/h3>\n<p>Il en faut de beaucoup pour que je puisse \u00e9crire que : \u00abma vie s\u2019\u00e9coule comme un long fleuve tranquille\u00bb. Cette ann\u00e9e, si la saison des pluies s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e tardivement, les averses ont \u00e9t\u00e9 assez fr\u00e9quentes pour qu\u2019elle soit consid\u00e9r\u00e9e comme bonne. En certains endroits, les pr\u00e9cipitations ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 trop importantes. Je croyais d\u2019ailleurs cette p\u00e9riode termin\u00e9e lorsque je me suis retrouv\u00e9e au milieu d\u2019une temp\u00eate. L\u2019apocalypse! En fin d\u2019apr\u00e8s-midi, le ciel est devenu noir. Noir d\u2019encre! Puis il a lentement vir\u00e9 au jaune pour atteindre le jaune citron, et enfin il \u00e9tait noir stri\u00e9 de jaune. A regarder, c\u2019\u00e9tait aussi inqui\u00e9tant que magnifique. Un vent \u00e0 d\u00e9corner les b\u0153ufs s\u2019est alors lev\u00e9, toutes portes et fen\u00eatres ferm\u00e9es, mes papiers s\u2019envolaient de partout \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de la maison. Puis le tonnerre s\u2019est mis \u00e0 gronder sans interruption pendant que des \u00e9clairs de chaleur zigzaguaient dans le ciel toutes les 20 secondes. Et d\u2019un coup d\u2019un seul, une pluie torrentielle accompagn\u00e9e de gr\u00ealons s\u2019est abattue sur la ville. Sous mon toit de t\u00f4le ondul\u00e9e, le bruit \u00e9tait assourdissant! C\u2019est bien entendu juste \u00e0 ce moment l\u00e0 qu\u2019il y a eu coupure de courant. Nuit noire ! A peine allum\u00e9es, mes bougies s\u2019\u00e9teignaient \u00e0 cause du vent. Assise sur une chaise, ma petite lampe de poche en main, il ne me restait plus qu\u2019\u00e0 attendre que \u00e7a passe en essayant de ne pas faire trop attention aux margouillaz, geckos et autres crapauds venus se mettre \u00e0 l\u2019abri sous mon toit ! Vers 21h, lumi\u00e8re plus ou moins revenue, c\u2019est-\u00e0-dire entre 2 coupures, je me suis couch\u00e9e, harass\u00e9e par l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Le matin il n\u2019y avait pas de d\u00e9g\u00e2ts dans ma cour ni dans celles de mes voisins, les maisons du voisinage ont tenu bon comme la mienne. Malheureusement, la plupart des p\u00e9pini\u00e8res qui avaient \u00e9t\u00e9 mises en place dans les bas-fonds ont \u00e9t\u00e9 inond\u00e9es, tout est perdu. Il faudra recommencer  >y\u00e9ll ka ye ! (c\u2019est-\u00e0-dire : pas de probl\u00e8mes, comme ils disent ici)<br \/>\nUn samedi d\u2019octobre,  j\u2019ai \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e \u00e0 participer \u00e0 un mariage dans la famille de Madame C\u00e9cile Belloum, ministre dans le gouvernement actuel. Les pr\u00e9paratifs d\u2019un tel mariage commencent vers 5h30 du matin. Quelques ami(es) se retrouvent pour d\u00e9corer mairie, \u00e9glise, salle de r\u00e9ception et voiture nuptiale, pendant que d\u2019autres cuisinent une multitude de plats diff\u00e9rents afin de satisfaire \u00e0 tous les go\u00fbts. Vers 8h, fuite de toutes ces aides pour aller \u00abse faire beau\u00bb! A 9h, je suis avec une cinquantaine de personnes devant la mairie pour accueillir la mari\u00e9e qui arrive avec son p\u00e8re et \u2026qui reste dans la voiture familiale parqu\u00e9e en plein soleil au milieu de la cour?! \u00abMonsieur\u00bb a pris du retard en allant chercher la voiture d\u00e9cor\u00e9e et il faut attendre son arriv\u00e9e! Heureusement, notre mari\u00e9e n\u2019a pas encore compl\u00e8tement fondu lorsque son futur \u00e9poux la d\u00e9livre enfin de son supplice en ouvrant la porti\u00e8re. Madame l\u2019adjointe au maire peut maintenant proc\u00e9der \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie. Les bagues respectives sont montr\u00e9es \u00e0 toute l\u2019assistance avant d\u2019\u00eatre pass\u00e9e au doigt de l\u2019aim\u00e9(e). Puis le couple sort, sous les applaudissements nourris de tous les participants, on continue \u00e0 pieds ou en voiture jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9glise, dans laquelle une soixantaine d\u2019autres personnes ont d\u00e9j\u00e0 pris place.<\/p>\n<p>Deux cur\u00e9s et un abb\u00e9 tr\u00e8s en verve, un ch\u0153ur ad hoc avec deux excellents solistes ainsi que plusieurs orateurs nous font participer \u00e0 une superbe c\u00e9r\u00e9monie. Les bagues ayant entretemps \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9es, les mari\u00e9s proc\u00e8dent au m\u00eame c\u00e9r\u00e9monial que ce matin, on les montre au public avant de les remettre sous un nouveau tonnerre d\u2019applaudissement. Tam-tam et djamb\u00e9 commencent alors \u00e0 jouer et tout le monde se met \u00e0 danser ! On fait une grande farandole dans l\u2019\u00e9glise, mari\u00e9s en t\u00eate, sous l\u2019\u0153il bienveillant des officiants. La c\u00e9r\u00e9monie se poursuit ensuite avec \u2026 le bapt\u00eame de l\u2019enfant des mari\u00e9s. Il aura bient\u00f4t 3 ans, il est tout en blanc et para\u00eet absolument ravi dans les bras de son parrain. Le cur\u00e9 annonce en souriant que: \u00ab ce n\u2019est pas l\u00e0 chose normale, mais que lorsqu\u2019on \u00e9tudie il vaut mieux attendre pour se marier\u00bb?! C\u2019est en riant et plein d\u2019entrain que l\u2019on sort de l\u2019\u00e9glise, accompagn\u00e9s par les tam-tams et les djamb\u00e9s. La f\u00eate se poursuit par le repas pantagru\u00e9lique pr\u00e9par\u00e9 le matin, et continue dans une cour de la \u00abgrande\u00bb famille du mari\u00e9. Les boissons coulent \u00e0 flots et les danses ne cesseront, faute de combattants, qu\u2019\u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit. Les invit\u00e9s s\u2019en vont alors lentement, il ne reste maintenant plus qu\u2019environ 35 personnes, famille et amis proches. On m\u2019a pri\u00e9e de rester, et j\u2019aurai ainsi  l\u2019insigne honneur de participer \u00e0 la derni\u00e8re \u00e9tape des c\u00e9r\u00e9monies pr\u00e9vues, celle de l\u2019achat de la mari\u00e9e !!  >Il faut faire ici une parenth\u00e8se pour mentionner que sous le ciel des villages burkinab\u00e8, l\u2019homme doit \u00eatre accompagn\u00e9 de toute sa famille lorsqu\u2019il se rend dans la cour de l\u2019\u00e9lue pour demander sa main. C\u2019est \u00e0 la suite des palabres et des promesses faites ce jour-l\u00e0 que celle-ci deviendra ou non sa femme! Pour les moins fortun\u00e9s, si les familles se mettent d\u2019accord et que la dot et les cadeaux sont apport\u00e9s lors d\u2019une 2e rencontre familiale, le couple se contentera de cette c\u00e9r\u00e9monie et sera ainsi mari\u00e9 traditionnellement. Pour ceux qui le veulent ou qui en ont les moyens,  la vie continue apr\u00e8s la demande officielle jusqu\u2019au jour du \u00ab vrai \u00bb mariage avec mairie et mosqu\u00e9e ou \u00e9glise.  Mais, si la dot avait \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e lors de la premi\u00e8re rencontre, sans le mariage traditionnel au cours duquel celle-ci est remise, la mari\u00e9e n\u2019est en fait pas encore achet\u00e9e! En fait, la remise de la dot est affaire priv\u00e9e, et se passe avant le jour J. Mais la maman, les s\u0153urs et les belles- s\u0153urs vivant dans la cour de la famille doivent elles aussi recevoir des cadeaux en compensation de la \u00ab main-d\u2019\u0153uvre \u00bb qui leur est retir\u00e9e, et du surcro\u00eet de travail qu\u2019elles auront \u00e0 g\u00e9rer<. La mari\u00e9e, revenue pr\u00e9alablement dans la cour est \u00abs\u00e9questr\u00e9e\u00bb par sa famille jusqu\u2019\u00e0 ce que les cadeaux atteignent ce que celles-ci d\u00e9sirent. L\u2019heureuse \u00e9lue ressort alors avec une  \u00absuiveuse\u00bb portant sur la t\u00eate le peogho traditionnel, c\u2019est-\u00e0-dire un grand panier rempli de casseroles, de tasses, d\u2019assiettes et autres ustensiles de cuisine.  Nous retournons maintenant en cort\u00e8ge  dans la famille du mari\u00e9, d\u2019o\u00f9 ce dernier s\u2019\u00e9clipse tr\u00e8s vite en compagnie de ses amis, bient\u00f4t suivis de tous les derniers invit\u00e9s. La mari\u00e9e passera la nuit dans une chambre de la famille, sous la haute surveillance d\u2019une grande s\u0153ur ou d\u2019une tante. Le dimanche matin, l\u2019heureux \u00e9poux viendra chercher d\u00e9finitivement sa dulcin\u00e9e, ce qui donnera lieu \u00e0 une derni\u00e8re petite f\u00eate.     (Comme chez nous, les c\u00e9r\u00e9monies varient d\u2019une province \u00e0 l\u2019autre, et si la dot reste quelque chose de tabou, \u00abl\u2019achat de la mari\u00e9e\u00bb n\u2019a plus cour partout ou est une tradition que l\u2019on respecte en souriant). \nRevenons \u00e0 notre quotidien ! C\u2019est encore et toujours un grand plaisir que de participer aux actions de mes amis de Burkina Vert. Leur travail lors de toute la p\u00e9riode des r\u00e9coltes m\u2019a encore une fois \u00e9bahie. Tout, absolument tout se fait encore \u00e0 la main. Sur le terrain de Bogoya, ce sont deux hectares de mil et de sorgho qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9colt\u00e9s en une journ\u00e9e. Machette ou daba en main les hommes coupent les longues tiges \u00e0 quelques centim\u00e8tres du sol et les mettent en tas. Des femmes s\u00e9parent alors le mil du sorgho et coupent les tiges au couteau \u00e0 la hauteur des \u00e9pis. D\u2019autres viennent avec de grands paniers tress\u00e9s, elles les remplissent de l\u2019une ou l\u2019autre vari\u00e9t\u00e9s, et les transportent ensuite sur leur t\u00eate pour aller les vider devant une charrette. D\u2019autres femmes, plus \u00e2g\u00e9es ou moins solides ramassent ces \u00e9pis et les disposent dans la charrette de fa\u00e7on tr\u00e8s pr\u00e9cises, debout sur le restant de la tige pour le mil, couch\u00e9 pour le sorgho, en faisant bien attention de ne rien perdre. Quand la charrette est pleine \u00e0 craquer, elle est attel\u00e9e \u00e0 un \u00e2ne et le convoi part sous la conduite d\u2019un jeune gar\u00e7on. Pendant ce temps, le \u00abvieux\u00bb choisi les sp\u00e9cimens de sorgho lui paraissant les plus ad\u00e9quats pour en faire de bonnes semences puis, assis par terre, il va les tresser artistiquement en gros bouquets  au moyen de ses mains et de ses pieds sous l\u2019\u0153il attentif de ses petits-enfants. Les \u00abbouquets\u00bb sont ensuite attach\u00e9s avec d\u2019une ficelle qu\u2019il a pr\u00e9alablement confectionn\u00e9e avec l\u2019\u00e9corce des arbustes environnants. Vers 13h, un repas est pris en commun amen\u00e9 par les femmes venues \u00e0 pied du village ou cuit directement sur place dans une casserole pos\u00e9e sur un feu de bois pr\u00e9par\u00e9 entre deux briques. R\u00e9confort\u00e9 par le benga (plat traditionnel compos\u00e9 de haricots locaux et de riz) tout le monde retourne au travail. Quant  il ne reste plus rien sauf quelques fleurs de bissap et quelques tiges d\u2019oseilles, on s\u2019en retourne qui \u00e0 pieds, qui en v\u00e9lo ou en moto et les derniers avec nous, mais dans\u2026.la benne de la camionnette !  \nA Koura Bangr\u00e9, les murs de la banque de c\u00e9r\u00e9ales  ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9pis d\u00e9finitivement. J\u2019apprends ainsi qu\u2019il faut toujours que les murs soient tap\u00e9s par la pluie avant le cr\u00e9pi d\u00e9finitif, ainsi les fa\u00e7ades sont plus belles et plus solides. Les villageois tenaient \u00e0 me montrer le b\u00e2timent d\u00e9finitivement termin\u00e9.\n                                                                                                                           Et moi qui croyait qu\u2019ils n\u2019allaient pas le faire et qui m\u2019\u00e9tais permise de r\u00e2ler ! Honte \u00e0 moi ! Mais aujourd\u2019hui, nous sommes l\u00e0 pour assister \u00e0 la mise en place du p\u00e9rim\u00e8tre mara\u00eecher offert aux femmes. Hommes et femmes sont d\u00e9j\u00e0 en plein travail, les premiers font des trous \u00e0 la barre \u00e0 mine en sortant la terre \u00e0 pleines mains pendant que les femmes am\u00e8nent de longs bois sur leur t\u00eate. C\u2019est  le d\u00e9but de la cl\u00f4ture. Avec des cris de joie et des applaudissements, brouettes, pelles, pioches, grillage et autres sont ensuite sortis de la camionnette. Tout le monde se remet au travail, les unes tiennent les bois dans les trous pr\u00e9par\u00e9s pendant que les autres remplissent ces derniers avec des cailloux d\u00e9terr\u00e9s et cass\u00e9s sur place au fur et \u00e0 mesure et de la terre que l\u2019on tasse bien. Etrange proc\u00e9d\u00e9, mais \u00e7a tient tr\u00e8s bien. Pendant que j\u2019admire le tr\u00e8s beau puits, bien bus\u00e9, qui vient d\u2019\u00eatre construit \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du p\u00e9rim\u00e8tre, les villageois vont d\u00e9poser les outils apport\u00e9s dans le magasin attenant \u00e0 la banque de c\u00e9r\u00e9ales. Ce jardin donnera aux femmes du village un \u00e9lan suppl\u00e9mentaire. Les l\u00e9gumes r\u00e9colt\u00e9s permettront d\u2019am\u00e9liorer sensiblement les repas familiaux et le surplus, vendu sur les march\u00e9s locaux, leur apportera une petite aide p\u00e9cuniaire bienvenue pour payer leurs condiments, les m\u00e9dicaments contre un palu, une paire de chaussure pour un enfant, un nouveau pagne etc. Nous reviendrons ici en janvier avec des amis qui viennent voir nos travaux sur le terrain, et je me r\u00e9jouis d\u00e9j\u00e0 de voir les progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s par ces femmes qui ont pratiquement toutes particip\u00e9 \u00e0 un petit cours de mara\u00eechage.\n \nH\u00e9las, journalier aussi! En d\u00e9but de semaine, un jeune homme s\u2019est tu\u00e9 \u00e0 moto en collisionnant un b\u0153uf au milieu de la route. La suite est plus difficile \u00e0 comprendre pour nos mentalit\u00e9s occidentales : plusieurs personnes ont effectivement vu un b\u0153uf, mais personne n\u2019en a retrouv\u00e9 ensuite la trace et personne ne l\u2019avait vu avant l\u2019accident non plus. Ici, tout le monde \u00ab sait \u00bb et croit dur comme fer que le b\u0153uf en question \u00e9tait en fait un g\u00e9nie qui en voulait \u00e0 ce  jeune homme pour une raison quelconque. La seule question qui se pose maintenant est de savoir si le g\u00e9nie a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 par un sorcier sur commande d\u2019un tiers pour une vengeance ou si c\u2019est un g\u00e9nie du mal qui s\u2019amuse. J\u2019avoue humblement qu\u2019\u00e0 force d\u2019entendre les gens parler de ces g\u00e9nies, m\u00eame les professeurs, les lettr\u00e9s et autres universitaires, je finis par y croire, et ce n\u2019est pas rassurant du tout.\n \nLes \u00e9lections pr\u00e9sidentielles ou la farce de l\u2019ann\u00e9e! D\u2019un c\u00f4t\u00e9 un  Pr\u00e9sident en place qui annonce ses d\u00e9placements par voie radiophonique et t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, qui arrive accompagn\u00e9 d\u2019une caravane de gros 4x4, qui fait venir h\u00e9licopt\u00e8re, parachutistes, groupes musicaux et chanteurs et dont les responsables de campagne ne rechignent pas \u00e0 aller chercher des villageois tous azimuts par camions entiers pour augmenter la quantit\u00e9 des participants aux meetings pr\u00e9vus, et \u00e0 qui sont offert t-shirts, pagnes ou casquettes ou, de temps \u00e0 autre quelques menues monnaies. De l\u2019autre, un ind\u00e9pendant venu de Belgique afin qu\u2019aux prochaines \u00e9lections le petit fr\u00e8re du pr\u00e9sident en place puisse se positionner en ind\u00e9pendant sans \u00eatre le premier \u00e0 le faire, un vieux \u00ablion\u00bb encore rugissant mais bien \u00e9dent\u00e9, deux personnages sans beaucoup de couleurs sauf celles de leur parti respectif en pleine d\u00e9rive, ainsi que deux candidats de format pr\u00e9sidentiable, avec de bons programmes respectifs, l\u2019un malheureusement sans charisme, l\u2019autre trop peu connu dans les provinces.  Relevons que ces six candidats n\u2019ont pas les moyens financiers de faire une campagne digne de ce nom, >on ne rel\u00e8ve leur passage dans les provinces qu\u2019apr\u00e8s coup, ils se d\u00e9placent en voitures normales, l\u2019un d\u2019eux est m\u00eame tomb\u00e9 en panne et a du continuer en bus. Les \u00e9ventuels cort\u00e8ges qui se forment \u00e0 leur arriv\u00e9e sont g\u00e9n\u00e9ralement constitu\u00e9s de plus de motos et v\u00e9los que de voitures. Ajoutons \u00e0 cela la gabegie monumentale qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 les votations. Avec la volont\u00e9 d\u2019en cr\u00e9er de nouvelles plus fiables, la CENI (Commission Electorale Nationale Ind\u00e9pendante) a fait sortir les cartes d\u2019\u00e9lecteurs trop tard, et en plus, non conformes \u00e0 l\u2019article 53 du code \u00e9lectoral. Malgr\u00e9 les demandes de renvoi et les d\u00e9missions, rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 entrepris avant que ce ne soit trop tard et, c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 un d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel que l\u2019article 53 a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 le 21 octobre sur demande du Pr\u00e9sident de ladite CENI, mais sans que les autres membres n\u2019en soient inform\u00e9s. Ainsi, la votation a donn\u00e9 lieu \u00e0 d\u2019invraisemblables magouilles. De fausses cartes \u00e9taient encore imprim\u00e9es ici la nuit avant les \u00e9lections, j\u2019ai vu des cartes \u00e9difiantes  sur lesquelles il y avait par exemple une photo de jeune femme avec des  nom et pr\u00e9noms masculins, ou la photo d\u2019un vieillard avec une date de naissance de l\u2019ann\u00e9e 1990. Et ces cartes  ont \u00e9t\u00e9 accept\u00e9es ! La carte d\u2019identit\u00e9 (que beaucoup ne poss\u00e8dent pas faute de moyens) et le certificat de naissance (que beaucoup ne poss\u00e8de pas non plus) pouvaient exceptionnellement remplacer la carte d\u2019\u00e9lecteur. Encore fallait-il s\u2019\u00eatre inscrit sur une des listes d\u2019\u00e9lecteurs \u00e9tablies au pr\u00e9alable. Tout cela alors que tout le monde savait que le Pr\u00e9sident sortant allait \u00eatre r\u00e9\u00e9lu ! Tout cela juste pour que le monde ne voit pas que le peuple burkinab\u00e8 n\u2019est pas d\u2019accord avec la gouvernance, mais qu\u2019il n\u2019a simplement pas le choix. Edifiant: apr\u00e8s la votation, la d\u00e9position d\u2019une plainte pour carte d\u2019\u00e9lecteur ill\u00e9gale a \u00e9t\u00e9 re\u00e7ue et Madame le Juge Bagoro a eu le courage de juger comme ill\u00e9gale la carte officielle de la CENI. Fallait-il donc tout recommencer tout en sachant que le r\u00e9sultat resterait le m\u00eame ? Non, comme l\u2019ont \u00e9crit les journaux, entre autre sous le titre : <\/p>\n<p>Retour sur une foire \u00e9lectorale: \u00ab plus que l\u2019identit\u00e9 du gagnant, connu depuis belle lurette, l\u2019enjeu du scrutin r\u00e9sidait dans son score et dans le taux de participation\u00bb. Alors voil\u00e0 : sur un potentiel de 8 millions d\u2019\u00e9lecteurs, il y a eu 3&rsquo;239&rsquo;777 inscrits et malgr\u00e9 les magouilles, il n\u2019y a que 1&rsquo;358&rsquo;941 Burkinab\u00e8 qui sont all\u00e9s aux urnes. C\u2019est donc sur moins de 10% de la population burkinab\u00e8 que repose la l\u00e9gitimit\u00e9 du pr\u00e9sident. La population est estim\u00e9e cette ann\u00e9e \u00e0 15 millions d\u2019habitants. Ce n\u2019est donc que le mardi 7 d\u00e9cembre que la d\u00e9cision du Conseil constitutionnel est tomb\u00e9e et que nous avons eu droit \u00e0 la proclamation des r\u00e9sultats d\u00e9finitifs. Et m\u00eame si la lecture de la d\u00e9cision de non annulation vaut son pesant de guano, je vous en fais gr\u00e2ce.<\/p>\n<p>Si apr\u00e8s m\u00fbres r\u00e9flexions j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9crire ce dernier chapitre, c\u2019est juste parce que j\u2019avais envie de vous faire partager mon v\u00e9cu quotidien au plus pr\u00e8s des \u00e9v\u00e9nements et de vous montrer dans quel imbroglio se trouvent nos amis. Je comprends mieux maintenant le pourquoi de certaines r\u00e9ticences et de leur d\u00e9fiance envers tout ce qui est gouvernemental.<\/p>\n<p>Ouahigouya, d\u00e9but d\u00e9cembre 2010 Yam pouir\u00e9 , Monique Raemy <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Monique Raemy: Ma petite vie actuelle au Burkina Faso 2010\/2011, premier envoi En ce moment, je vis tant de choses nouvelles, tristes, dr\u00f4les et passionnantes que j&rsquo;ai beaucoup de peine \u00e0 mettre tout \u00e7a dans un ordre quelconque. Passer une semaine dans une chambre de la mission\/pension de Ouagadougou, avec pour seule compagnie celle du &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.yampouire.org\/fr\/la-vie-au-burkina-faso\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;La vie au Burkina Faso&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-36","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.yampouire.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/36"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.yampouire.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.yampouire.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.yampouire.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.yampouire.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=36"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.yampouire.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/36\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":173,"href":"https:\/\/www.yampouire.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/36\/revisions\/173"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.yampouire.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=36"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}